D- Le Grand Départ

 

LE GRAND DEPART

 

Nous avions passé beaucoup trop de temps dans ce chantier, et puis avec le temps, vous constatez que certains services rendus ne sont pas gratuits !

La fin des travaux à exécuter par le chantier trainaient en longueur, comme par hasard, fait pendant nos absences, facturés un peu cher à notre avis ou non corrects.

Nous nous sommes fâchés, ce qui n'a pas arrangé les relations avec le « Grand Patron « qui ne pensait plus qu'à sa retraite, dans quelques mois, et regardait son chantier de loin...!

Nous nous sentions prisonniers avec nos déménagements dans ses hangars que nous payions mensuellement, avec notre caravane sur son terrain, les frais des fuites d'eau colossaux qui nous étaient facturés alors que « lodela » , chaudronnement parlant ,était terminé....à part les détails qui nous séparaient aujourd'hui.

 

Après avoir attaqué les problèmes de front et constaté que les discutions étaient inutiles et n'apporteraient pas d'entente, nous avons décidé de quitter le chantier où nous étions invités à passer un deuxième hiver...mais à quel prix? Et donc de chercher une autre place!

 

Dans un « bato » pas encore habitable, il nous fallait récupérer nos « affaires» et rechercher LE stationnement pour gros « bato » en expliquant aux capitaines des ports, aux professionnels de l'eau que vous n'êtes là que les quelques mois d'hiver et que vous n'avez pas l'intention de vous incruster !

A croire que le gros « bato »n' est regardé que comme une sansue qui cherche systhématiquement une berge pour s'y coller et y mourir!

Nous avons acheté un « bato » pour naviguer ! Pas vous ?

 

Nous avons alors rencontré Romaric au port de Nevers.

Nous lui racontons notre histoire, une toute petite histoire de marins débutants et lui demandons l'hébergement pour l'hiver.

Romaric eut l' oreille attentive de ces gens qui ont connu des « galères » et qui n'ont pas toujours eu de la chance.

Notre arrivée fut programmée, l'emplacement matérialisé, nous allions nous faire « tous petits »et reconnaissants.

 

Le permis PP que l'on pourrait comparer au poids lourd sur la route, nous l'avions passé l'été précedent ! Pendant une semaine nous avions barrer un 18m, cela commençait le matin après le petit dej, nous passions la nuit sur le bateau, le Capitaine arrivait le matin avec les croissants, le midi, une pause déjeuner et c'était reparti, reparti jusqu'au soir ou chacun de nous prenait la barre sous la « houlette » et les « ordres » de Jacky.

Un petit hommage à cet homme jovial et bon vivant avec qui nous avons passé une semaine formidable. Nous étions venus « apprendre » et nous avons beaucoup appris à son contact, il n'a rien laissé passer, rien lâché, et nous avons beaucoup ri aussi, aujourd'hui, Jacky est notre ami à qui nous téléphonons encore juste avant la « panique à bord ».

Mais piloter un « bato » de 18m et un de 38m....rien à voir! Il va bien falloir pourtant mettre en pratique, MAINTENANT, tout ce que nous avions appris.

 

Marseilles les Aubigny/ Nevers: par le canal, 30kms ! « un amuse gueule » !

Nous avions prévenu l'éclusier que nous partirions vers 16h, pensant arriver le soir à Nevers.

 

"MI" tourne la clef de contact et fait chauffer le moteur, l'excitation est à son comble noyée dans une sorte de « crainte du débutant ».

 

Le démarrage fut F U L G U R A N T !

Les pales du gouvernail à 90 degrés pour repousser l'arrière du « bato » comme on nous l'avait enseigné, agissaient en sens inverse et nous recollaient contre la berge. Que se passe t il ? Au fur et à mesure que "Mi" augmentait la puissance du moteur pour se sortir de cette manoeuvre, il créait des gerbes d'eau et de boue, de véritables geysers qui arrosaient le rivage et le « bato » ne bougeait toujours pas. Plus les minutes s'écoulaient, plus le stress montait. Nos regards inquiets et interrogatifs se sont croisés : Ou est l'erreur ?

« Tu as bien tes pales dans le bon sens ? »

 » Oui ! »

« tant pis, essaie quand même dans l'autre sens. »

La catastrophe de chez catastrophe !

« Stop, arrête tout, reviens comme tu étais avant et recommence, plus doucement »

Je me souvenais de ce que disais Jacky, doucement sur l'eau, toujours doucement, sans précipitation! Nous étions en train de nous affoler et il était plus facile pour moi qui ne tenait pas les commandes de réfléchir sans paniquer.

Les remous provoqués par ces diverses manœuvres finirent par nous décoller du rivage, nous allions pouvoir AVANCER !

La première écluse était là, devant nous, à 100m, l'éclusier que nous saluions tous les matins depuis des mois, attendait sur le pont en regardant ce départ mémorable, surtout pour nous !

Il allait lui falloir de la patience car il nous avait préparé l'écluse, il y avait déjà presque une heure et nous n'étions pas encore en face pour rentrer dedans.

Alors pour un public qui n'a jamais vu une péniche de 38m de long sur 5m de large rentrer dans une écluse de canal, il faut savoir que les dimensions de l'écluse sont 38 à 39m de long sur 5,10 à5,20m de large, pas une grande marge de droit à l'erreur !

La péniche est un « bato » à fond plat, le moindre coup de vent, le moindre courant modifie votre pilotage et nous ne pouvons même pas évoquer ces excuses car nous avions choisi, volontairement, le départ sous un temps superbe.

Une heure après avoir mis le contact et donc à 100m de notre stationnement, nous entrons dans l'écluse après nous être baladé, un peu à droite, un peu à gauche et coup de bol, juste au milieu !

Il faut reconnaître les choses telles qu'elles sont : vraiment pas terrible ce « grand départ ».

Merci pour tous vos regards compatissants et vos encouragements.

Nous, nous sommes honteux et anéantis !

 

Mais juste l'espace d'un instant, ces moments de détresse intérieure rendent plus fort pour l'avenir.

 

De l'autre côté de l'écluse, le canal nous tend les bras et nous nous y sommes jetés... à 5kms/h puisque telle est la réglementation sur canaux.

Pas de circulation, la navigation s'arrête à 19h sur les canaux, nous n'en étions plus loin...Par contre nous n'arriverions surement pas à Nevers ce soir.

Chacun de nous à testé « lodela » en prenant les commandes. Nous avions un « bato » ivre, un peu trop à droite, attention, on frôle à gauche. Nous avons fait chacun notre « travers » et l'angoisse du début à laissé place à une sorte de fou rire incontrôlable permanent, chaque fois que nous faisions une bêtise ou que nous n'arrivions pas à nous en sortir.

Je n'oserai pas dire « habitué » mais moins stressé, "Mi" passa la deuxième écluse comme s'il avait fait cela toute sa vie.

Nous étions suivi par des » pros «  en vélo sur le chemin de hallage. Certains pour nous voir nous « planter » parce que nous avions refuser leur service PAYANT pour nous convoyer jusqu'au port de Nevers, d'autres, par sympathie parce qu'il trouvait courageux notre initiative de démarrer seuls, avec un si gros « bato ».

Mais si chaque fois que nous voulons naviguer, nous faisons appel à des » pros de l'eau », pourquoi avoir passé un permis ? Et je dirais presque pourquoi avoir un « bato » ?

Au passage de la deuxième écluse, Nous avons reçu les compliments de certains d'entre eux pour une conduite « aussi parfaite » en si peu de temps et un passage d'écluse qui n'était pas pire que  celle des autres gros « bato ».

Et rendons à Jules ce qui appartient à Paul, ces compliments vont tous à "Mi" qui tenait les commandes et s'est débrouillé comme un capitaine!

 

La nuit tombait et l'éclusier nous rassure, personne ne navigue la nuit, » Vous n'avez qu'à rester là, même si vous ne vous attachez pas, vous n'irez pas loin. »

« Oui, mais nous avons deux chiennes que nous devons descendre au moins deux fois par jour pour leur besoins. » Il est donc venu attraper une corde d'amarrage à l'avant et nous nous sommes débrouillés pour installer la passerelle, descendre nos toutounes à travers les branches des arbres...

 

Cà y est, on navigue, on est parti, on va dormir sur notre « bato » au milieu des cartons de déménagements, des meubles entassés, des établis encombrés, du bois, des carrelages, des pinces, des marteaux, de la poussière....C'est l'aventure qui démarre et je vous dis qu'il n'y a pas besoin d'être dans un cinq étoiles pour passer la nuit la plus chouette de sa vie!

 

Au petit matin, réveillés par les oiseaux, petit dej, vérification des instruments de navigation, coup d'oeil sur la carte, préchauffage du moteur et en route, Nevers nous attend ! Une petite vingtaine de kms que nous ferons dans la journée en retenant les leçons de la veille.

Nous passerons une autre écluse puis découvrirons l'écluse automatique, testerons le virage à 90degré pour rentrer dans le petit canal qui amène au port de Nevers.

 

Nevers nous voici, tout le monde est sur le quai, il n'est pas question de se rater.

Comme de bien entendu, la place réservée se trouvait au fond du port et demandait de savantes manœuvres de demi tour et de recul mais"MI" a su les exécuter à merveille sous les yeux ébahis des vieux marins.

Nous venions de parcourir nos premiers 30 kms en deux jours.

Nous étions installé au port de la jonction pour l'hiver, les travaux allaient pouvoir reprendre !

(à suivre)

 

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